Faire un don
Claudel Lebeau
Ancienne Campeuse et employée
L'histoire que je vais vous raconter est celle de Cadoquette, la baleine qui vit dans le Lac Long. Je vous la raconte comme je la raconte aux tout-petits qui viennent au camp. Certains détails vous paraîtront farfelus, mais après tout, il s'agit de l’histoire d'une baleine qui vit dans un lac. Et surtout, rappelez-vous, dans toutes les légendes, il y a une part de vérité, c’est à vous de voir ce que vous voulez croire dans cette histoire [...]
L'histoire que je vais vous raconter est celle de Cadoquette, la baleine qui vit dans le Lac Long. Je vous la raconte comme je la raconte aux tout-petits qui viennent au camp. Certains détails vous paraîtront farfelus, mais après tout, il s'agit de l’histoire d'une baleine qui vit dans un lac. Et surtout, rappelez-vous, dans toutes les légendes, il y a une part de vérité, c’est à vous de voir ce que vous voulez croire dans cette histoire.
Je tiens à vous avertir, cette histoire est un peu triste, mais finit merveilleusement bien.
L'histoire commence il y a une cinquantaine d'années aux Chutes du Niagara. En ce temps, les courants étaient inversés et l'eau qui y coulait était salée (oui, oui, incroyable, je sais!). Un beau jour, les touristes ont été surpris par l'arrivée d'un mammifère marin peu commun pour l’endroit, un béluga. Celui-ci était très grand. Grand comme ça (imaginez-moi courir d’un bout à l'autre du site de feu). L'autre particularité de ce béluga était son énorme bedaine. En effet, il s'agissait d'une maman béluga. Piqués de curiosité, les scientifiques de partout au Canada ont défait leurs valises aux Chutes du Niagara. C'était exceptionnel et jamais vu : un béluga qui s'était rendu aussi loin dans les terres.
Pour s’assurer que la maman béluga était en bonne santé, les scientifiques lui ont fait passer une échographie. Hein!? C’est quoi ça, une échographie? Une échographie, c'est tout simplement une photo du ventre de la maman pour voir le bébé (demandez à vos parents, il y a de bonnes chances qu’ils en aient une de vous). Surprise! Les scientifiques n’ont pas vu un bébé, pas deux bébés, mais bien trois bébés! C'est pour ça que la maman avait un si gros bide.
Alors, ils ont attendu, longtemps, très longtemps, car il n’y avait rien d’autre à faire qu'attendre et s’assurer que la maman avait assez de poisson pour se nourrir. Un beau matin, alors que les chercheurs ajustaient leurs jumelles, ils ont aperçu un grand sploutche suivi de deux petits sploutches, c’était la maman avec ses petits. Mais… Attendez, il n’y avait pas trois bébés dans cette histoire? Les scientifiques ont réajusté leurs jumelles et ont vu un tout petit sploutche, tout petit, pas très haut, c’était le troisième bébé. Alors que les deux premiers bébés étaient hauts comme ça (trouvez dans le public l’enfant le plus grand et faites-le lever), le troisième bébé ne lui était pas plus haut que ça (trouvez le plus petit enfant de votre auditoire et faites-le lever). C’était Cadoquette.
Les deux frères de Cadoquette grandissaient très vite, tandis qu'elle ne grandissait pas. Elle avait de la difficulté à sauter haut, à attraper des poissons et à suivre ses frères. Rien d'inquiétant jusqu'alors, car il faut savoir que lorsqu'une maman est enceinte de plusieurs bébés, il se peut qu'il y en ait un, un peu plus petit que les autres. Les scientifiques ont observé la situation de près jusqu'au jour où, lorsqu'ils sont arrivés, ils n'ont retrouvé que Cadoquette. Les frères de cette dernière avaient tellement grandi, et le bassin en bas des chutes était devenu trop petit pour tout le monde. Cadoquette était trop petite pour entreprendre le voyage jusqu'à la mer. Ses frères et sa mère étaient partis (c'est le bout un peu triste de mon histoire).
L’état de Cadoquette ne s'améliorait pas, elle n’avait pas grandi, elle avait de plus en plus de difficulté à manger et à sauter hors de l’eau. Les scientifiques lui donnaient même régulièrement du poisson pour l’aider. Pire! Cadoquette commençait à avoir tout plein de boutons multicolores sur le corps. Vous savez, un peu comme dans les annonces de Skittles, mais en plus pâle un peu (tsé, faut pas pousser trop loin non plus). Encore plus inquiets, les scientifiques ont fait passer plein de tests à Cadoquette : prise de sang, radiographie et biopsie. Hein!? C’est quoi ça, une biopsie? Une biopsie, c’est comme lorsqu’une mouche à chevreuil vous pique, elle arrache un petit bout de peau, et bien une biopsie, c’est la même chose, on prend un petit bout de peau pour l’analyser en laboratoire. Rien. Les résultats ne disaient pas pourquoi Cadoquette était en si mauvaise santé.
Les Canadiens de partout au pays commençaient à s'inquiéter pour Cadoquette, demandant aux scientifiques d’agir. C’est donc ce qu’ils ont fait. Où va-t-on quand on a un animal malade? Hé oui, chez le vétérinaire. Vous devez bien vous imaginer qu'aucun vétérinaire n'avait un aquarium assez grand pour accueillir une baleine, ils en ont donc fait construire un.
Ils ont transporté Cadoquette par camion des chutes jusqu'au vétérinaire pour continuer de lui faire passer des tests. Les jours passaient et l'état de Cadoquette semblait s'améliorer miraculeusement. Étrange tout ça, pourquoi maintenant elle allait mieux? Vraiment mieux. Tellement mieux qu'elle grandissait à vue d'œil, sa varicelle multicolore était en train de disparaître, elle mangeait beaucoup et sautait! C'est à ce moment que le gars qui avait rempli l'aquarium a allumé. Il avait oublié de mettre du sel dans l'aquarium de Cadoquette. BINGO! C'était ça, ils avaient trouvé, Cadoquette était allergique à l'eau salée!
Où met-on une baleine allergique à l’eau salée?
Impossible de la mettre dans la mer, il fallait lui trouver un lac. Ça commençait d'ailleurs à presser, car maintenant que Cadoquette était dans de l'eau douce, elle grandissait vite. Trop vite, elle était rendue toute coincée dans son aquarium. Les scientifiques ont donc lancé un concours pancanadien pour trouver le meilleur lac pour Cadoquette. Partout au Canada, les gens envoyaient leurs recommandations par la poste (il n'y avait pas Instagram et Facebook à cette époque). Plusieurs grands lacs ont été étudiés : le réservoir Baskatong, le lac Saint-Jean, le réservoir Cabonga, le réservoir Manicouagan. Rien n'allait, rien n'était assez bien pour Cadoquette. Jusqu'au dernier matin du concours, où les organisateurs ont reçu une lettre disant avoir trouvé le lac parfait.
(Hein!? C'est quoi ça, une nappe phréatique? Une nappe phréatique, c'est un lac sous-terrain. C'est un peu scientifique, mais quand le tremblement de terre a eu lieu, la terre entre le lac et la nappe phréatique s'est fissurée, fusionnant les deux.)
C'était en effet l'endroit idéal. Il était maintenant impossible de transporter Cadoquette en camion, elle était coincée dans son aquarium. Ils ont donc demandé aux hélicoptères de l'Armée canadienne (rien de moins) de transporter l'aquarium tout entier. Ils ont volé jusqu'au milieu du lac, à gauche de l'île d'Oscar, et ont dit "Lâchez les amarres" (faire semblant de parler dans un transmetteur radio qui griche un peu). Ils ont alors lâché l'aquarium et celle-ci a explosé au contact de l'eau! C'est d'ailleurs à cause de la vitre de l'aquarium de Cadoquette qu'on est obligé de mettre des souliers d'eau quand on se baigne au camp, sauf à la plage qu'on nettoie chaque année. La vague que ça a créée a inondé tous les chalets alentour du lac! Cadoquette était rendue dans sa nouvelle maison.
Depuis, elle vit dans le lac. Les scientifiques ont un chalet un peu plus loin et s'assurent qu’elle est en bonne santé. Ce sont eux qui font un trou assez grand dans la glace l’hiver pour que Cadoquette respire.
Chaque été, lors de la semaine de formation des moniteurs, tout le monde se rend en rabaska au milieu du lac et se présente, de cette manière Cadoquette sait qui sont les moniteurs et monitrices et peut leur rapporter leurs lunettes si elles tombent à l'eau. Elle est habituée et fait attention de ne pas faire chavirer les rabaskas et les canots, car elle sait que certains ont peur. D'ailleurs, Cadoquette ne va jamais entre les deux quais et dans la baie de l'Amirauté car elle est trop grande. (Information ultra importante à mentionner surtout si l'auditoire est composé de Prospecteurs et de Découvreurs).
Si un jour vous allez sur le Lac Long, pensez à appeler Cadoquette. Voici comment : cognez trois fois doucement votre pagaie sur le plat-bord du canot ou du rabaska, puis criez trois fois "cadoooqueeettte". Attention, tout le monde doit être syncro et si on cogne sa pagaie trop fort ou plus de trois fois, il se peut qu'elle ne vienne pas. Après l'avoir appelé, il faut garder les yeux ouverts, qui sait, vous pourriez la voir au loin, elle pourrait même passer doucement sous votre embarcation.