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vie de camp 9 février 2026

Lalégended'OscarBertrand

Une version, parmi tant d'autres.

L’histoire que vous vous apprêtez à lire a déjà été racontée plusieurs fois avant par les moniteurs, monitrices et les Respos qui m'ont précédé. Cette version, c’est celle que je raconte été après été depuis 2022. Alors laissez-vous porter et, comme j’aime bien le dire : ceci est une légende, pas un mythe, c’est à vous de définir quelle part est vraie. 

La légende d’Oscar Bertrand commence comme suit…

Il y a bien, bien longtemps, l’île juste en face de la baie de l’Amirauté fut frappée par la foudre et tout ce qui s’y trouvait brûla. Figurez-vous que lorsque Oscar était petit, il venait faire du camping avec sa famille sur cette même île. Oscar attendait impatiemment ces voyages, car qu’est-ce qui pousse en premier après un feu de forêt? Eh oui, des bleuets. Oscar était un grand passionné de ce petit fruit. 

Ces séjours sur l'île signifiaient qu’il pouvait manger autant de bleuets qu’il le voulait. Il y en avait tellement qu’il pouvait s'asseoir le matin à un endroit et manger des bleuets toute la journée sans avoir à se déplacer. Sa mère était même passée maître dans l’art de cuisiner avec des bleuets : tarte, confiture, sirop, lasagne (!? Oui, de la lasagne aux bleuets). Elle en mettait PARTOUT pour faire plaisir à Oscar. Il a donc grandi en passant ses étés sur cette île du Lac Long à manger des bleuets. 

Oscar était un garçon gêné, fondamentalement gentil et grand. Très grand. Plus que tous les garçons et les filles de sa classe. Sa grande taille était probablement due à la quantité de bleuets qu’il mangeait. Car c’est un fait, plus on mange de bleuets, plus on grandit. 

En finissant son secondaire, Oscar n’avait aucune idée de ce qu’il voulait faire plus tard. Il avait beau se creuser la tête, il ne se voyait ni comptable, ni charpentier. Puis un jour, il eut une illumination : il allait devenir policier. Oscar n’aimait pas le mal. Rappelez-vous, je vous ai dit qu’il était gentil, et plus que tout, il voulait agir pour le bien. Il est donc parti de Québec où il vivait, pour se rendre à l’école de police de Montréal.

À la fin de ses études, il fut embauché par la police de Montréal. Oscar était un excellent policier. Il était tellement bon qu'à la fin de sa carrière, il n’y avait plus un seul braquage de banque à Montréal, imaginez-vous que les brigands s'excusaient et redonnaient ce qu’ils avaient volé en voyant Oscar arriver! Plus un seul véhicule ne roulait trop vite, il arrivait à les arrêter d’une seule main! Oscar était tellement grand qu’il n’avait même pas besoin d’une échelle de pompier pour secourir les chatons pris dans les arbres. 

Après une longue carrière marquée d'exploits, Oscar était rendu à prendre sa retraite. Pour le remercier de ses loyaux services, le directeur de la police lui offrit deux choix : dix mille dollars ou n’importe quel bout de terre au Québec. Oscar ne savait pas quel choix prendre, il aspirait simplement à une retraite tranquille. 

Lorsqu’il était confronté à une situation difficile, Oscar se rendait dans son resto préféré au coin des rues Sherbrooke et St-Denis : Chez Ginette. Il s’assit à sa table habituelle et quand Ginette vint le voir, il lui dit « Comme d’habitude, Ginette. » Lorsque la commande d’Oscar arriva, il avait devant lui un poulet entier, un plat de lasagne pour 4, 6 pointes de pizza, 8 hot-dogs. Oscar mangeait beaucoup. À la fin du repas, Ginette revint avec le dessert, elle posa devant Oscar une tarte. Il en prit une bouchée et soudain, une larme coula sur sa joue. C’était une tarte aux… bleuets sauvages. Rapidement, Oscar paya et repartit au poste de police voir son directeur. Il avait pris sa décision. 

Lorsqu’il arriva dans le bureau du directeur, il sortit une grande carte du Québec, et pointa un lac, où une petite île faisait face à une baie. Devant le regard interrogateur de son patron, Oscar dit : « C’est ici. Pour ma retraite, je demande cette petite île. » Vous l’aurez deviné, il s’agissait de l’île en face de la baie. 

Quelques jours plus tard, Oscar partit, valise et marteau en main, pour se rendre sur son île. Il y bâtit une petite maison, toute simple, où il pourrait s’abriter lorsqu’il pleuvait. Il avait une petite chaloupe pour se rendre sur la terre en face de son île, où il allait chercher de l’eau et chasser. Il était heureux, seul sur son île à manger des bleuets et à vivre simplement.

Un matin, alors qu’il buvait son café sur la grande roche à droite de l’île, il vit apparaître à l’embouchure de la Rivière Noire un petit canot d’écorce avec deux hommes habillés tout en noir, excepté un petit carré blanc au niveau du cou. C'étaient des prêtres. 

Alors que le canot arriva en face de la baie, un des deux hommes, Père Paul, se leva et dit « Oui! C’est l’endroit idééééaalll!! » Oscar leur cria « Hey! C’est mon île, c’est mon terrain! Vous n’avez rien à faire ici, partez ! »

Un peu refroidi par les paroles d’Oscar, Père Paul lui répondit : « Monsieur Bertrand, pensez-y, c’est l’endroit idéal pour un camp de vacances. Imaginez tous ces enfants courir et profiter de la nature comme vous l’avez fait quand vous étiez jeunes. Je vous laisse une semaine pour y réfléchir. Nous reviendrons. » 

Dans la semaine qui suivit, Oscar réfléchit : s’il laissait Père Paul construire son camp de vacances, plus jamais il ne serait tranquille sur son île, mais d’un autre côté, savoir que des centaines d’enfants pourraient profiter de la nature comme lui l’avait fait quand il était jeune, le rendait nostalgique et faisait pencher la balance. 

Au bout de sept jours, Père Paul et Père Poussard étaient de retour. « Et puis M. Bertrand, avez-vous pris votre décision? » Oscar répondit : « Oui, vous pouvez le construire votre camp de vacances, mais à deux conditions : un, je vais pouvoir continuer à chasser dans le sentier vers la Baie à Coton. Deux, jamais, au grand jamais personne ne posera son pied sur mon île. Pas un campeur, pas un moniteur, pas un instructeur, pas un Respo, ni même un directeur. Personne ne mettra le pied sur mon île. » Père Paul se leva dans son canot et répondit à Oscar : « Ok, Parole de Père Paul (Clap), personne ne mettra un pied sur votre île. Jamais. »

Alors le camp kéno vit le jour, Oscar allait parfois à la cafétéria du camp pour y manger la tarte au bleuet qui y était servie et continuait de venir chercher de l’eau au puits. 

Un matin, Père Paul, inquiet de ne pas avoir vu Oscar depuis deux semaines, prit son canot et s'approcha de l'île. 

« Oscar! Oscar! Est-ce que tu es là ? » Pas de réponse. 

« Oscar, je m’inquiète, ça fait longtemps que je ne t’ai pas vu. » Toujours pas de réponse.

« Oscar, je vais débarquer sur ton île, je m’inquiète trop. » Rien.  

Père Paul, trop inquiet, brisa la promesse qu’il avait faite à Oscar quelques années plus tôt. En arrivant devant la maison, Père Paul cogna puis entra. 

Oscar était là, dans sa chaise berçante préférée, la peau un peu blême. Il regarda Père Paul et lui dit «Paul, ça ne va pas très bien, je crois que je suis malade.» Père Paul convainquit Oscar de se rendre à l'hôpital de St-Raymond pour s’y faire soigner. 

Alors qu'Oscar était alité, il regarda Père Paul et lui demanda de retourner une nouvelle fois sur son île pour lui rapporter son chapeau préféré et quelques objets qu’Oscar voulait avec lui avant de partir. Apaisé par la présence de son chapeau et de petits bouts de son île, Oscar rendit son dernier souffle. 

Afin de ne pas briser à nouveau la promesse, Père Paul garda le chapeau d’Oscar et le mit dans une vitrine dans la cafétéria afin que chacun et chacune puissent se remémorer ce grand personnage. 

Ainsi, depuis la création du camp, le seul à avoir mis les pieds sur l'île d'Oscar fut le Père Paul, une fois, pour s’assurer qu’Oscar allait bien et la seconde pour lui apporter son chapeau. Personne d’autre n’a mis le pied sur l’île et de nos jours, on peut encore apercevoir la maison d'Oscar en faisant le tour de son île. 

J’espère que l’histoire d’Oscar vous a plu, restez à l'affût, il paraît qu’une baleine vit dans le Lac Long!

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Claudel Lebeau

Ancienne Campeuse et employée