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communauté vie de camp 6 mars 2026

Lemythedudernierété

Le camp vibre de ses mythes et de ses légendes. Celles qu’on raconte aux plus jeunes avec des yeux brillants, et celles que seuls les anciens comprennent pleinement. L’histoire d’Oscar, les récits de Cadoquette ou même l’histoire du camp… ces histoires traversent les générations et se racontent été après été autour d’un feu ou dans la baie, devenant un langage commun qui façonne notre univers et renforce notre sentiment d’appartenance [...]

Le camp vibre de ses mythes et de ses légendes. Celles qu’on raconte aux plus jeunes avec des yeux brillants, et celles que seuls les anciens comprennent pleinement. L’histoire d’Oscar, les récits de Cadoquette ou même l’histoire du camp… ces histoires traversent les générations et se racontent été après été autour d’un feu ou dans la baie, devenant un langage commun qui façonne notre univers et renforce notre sentiment d’appartenance.

Mais parmi toutes ces légendes qu’on partage à voix haute, il en existe une plus discrète. Un mythe dont on parle peu, peut-être parce qu’il est plus intime, plus personnel que les autres. Un mythe qui ne se raconte pas, mais qui se vit : celui du dernier été au camp.

Peu importe le nombre d'années que l'on passe à Kéno, il vient un temps où on se dit que c'est peut-être le dernier été et avec cette réalisation, le sentiment de nostalgie. Chaque été semble toujours être le dernier. On se le dit avec conviction, persuadé que le temps est venu de tourner la page, de laisser place à d’autres expériences, à une nouvelle étape de notre vie. On regarde le feu de camp en pensant que c’est la dernière fois que les étincelles montent vers le ciel au son des mêmes chansons, on s’attarde un peu plus longtemps devant le coucher de soleil sur le lac, comme pour graver l’instant dans notre mémoire, et on serre nos amis.es un peu plus fort convaincu que cette page-là se referme pour de bon. On se promet que cette fois, c’est différent. Que cette fois, on part vraiment.

Et pourtant.

Malgré ces certitudes, quelque chose nous ramène toujours. Les souvenirs s’accrochent. Les rires résonnent encore longtemps après que les valises soient défaites. Le sentiment d’être à la maison persiste, même à des kilomètres du quai et des huttes. Le camp continue de nous habiter bien au-delà de l’été. C’est dans cet aller-retour entre le désir de passer à autre chose et l’impossibilité d’oublier qu’est né le mythe du dernier été : celui qu’on annonce chaque année, mais qui n’en est jamais vraiment un.

À Kéno, peu importe où l’on commence, la fin n’existe pas vraiment. Qu’on ait grandi au camp depuis notre plus jeune âge, en enchaînant les étés jusqu’aux plus longues expés, qu’on soit arrivé plus tard dans notre vie, un peu par hasard, un peu par curiosité, ou qu’on ait porté le chandail de campeur ou celui d’employé… la fin à Kéno n’est jamais définitive. Parce que le camp ne se limite pas à une saison. Ce qu’on y apprend ne disparaît pas avec la rentrée scolaire ou la fin du contrat. La confiance, l’autonomie, l’amitié sincère, le dépassement de soi s’ancrent en nous et façonnent notre manière de voir le monde et de nous voir nous-mêmes. On peut quitter le site, mais on ne quitte jamais vraiment ce que le camp a fait de nous.

Kéno continue de nous faire rêver, même lorsque l’été est terminé. Il y aura toujours une occasion d’y revenir faire un tour : comme bénévole aux entrées et sorties de campeurs, lors des fameuses corvées, ou simplement pour revoir le lac et respirer un peu de ce qui nous a tant marqués. Parfois, on y revient autrement, en y envoyant nos enfants, comme pour prolonger l’histoire. Parce qu’au fond, il restera toujours une place pour chacun au camp, peu importe le rôle ou le moment de la vie.

Peut-être que le mythe du dernier été existe pour nous donner l’impression que l’on choisit de partir, alors qu’au fond, le camp sait déjà qu’il nous reverra. À Kéno, on peut dire au revoir. On peut même y croire sincèrement. Mais on ne dit jamais vraiment adieu.

Et c’est peut-être ça, la plus grande légende de toutes.

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Victoria Hunter

Ancienne Campeuse et employée